jeudi 27 septembre 2012

La semaine de Mauritanie à Paris en octobre 2012


Que rapportera une semaine d’exposition d’affiches et d’artisanat à Paris pour la relance de l’activité touristique en Mauritanie ? Qu’apportent nos techniciens de nouveau au public français ? Peut-on convaincre aujourd’hui, vu la situation, une nouvelle clientèle à venir en Mauritanie ?

Amadouer une clientèle largement arrosée par les informations sur le Sahel à longueur de journée me paraît un exercice difficile et dont le résultat n’est pas gagné à l’avance. Que vaut une semaine de marketing devant la force de nuisance des mass medias de l’hexagone ?

Si j’ai un conseil à donner, la relance de l’activité touristique est avant tout une décision de l’Etat souverain, elle passe par l’octroi des visas (au même prix que dans les ambassades) à l’aéroport de Nouakchott comme un premier signal fort de l’Etat vis-à-vis du secteur.

La relance est avant tout la création d’un salon du Tourisme saharien mauritanien ; 20 ans suffisent pour avoir fréquenté les salons des autres et avoir suffisamment les compétences et les carnets d’adresse pour réussir un salon dédié au tourisme mauritanien…

La relance c’est surtout de négocier avec les compagnies aériennes des tarifs TO comme participation à l’effort de relance du secteur.

La relance c’est surtout une politique d’investissement attractive destinée aux opérateurs hôteliers pour pallier au manque cruel d’équipement hôtelier pour accompagner le boum minier du pays.

La relance c’est surtout de doter le ministère du Tourisme des moyens matériels et humains pour réaliser sa mission de contrôle, de promotion et de formation.

La relance du secteur n’est pas une opération de raccommodage d’une semaine à Paris tous frais compris, c’est un espoir tant attendu par des régions entières pour sortir de la détresse... Surtout ne nous décevez pas…


Cheibany

jeudi 23 août 2012

Le désert... raconté par Mona


Le désert... J’ai eu la chance de réaliser un de mes rêves et d’y aller. La Mauritanie, l’Afrique, telle que je la ressens, telle que je l’aime. Rencontre avec l’autre, paysages infinis que tant d’écrivains ont décrits bien mieux que moi. Mes photos ne rendent pas ce que j’ai vécu, perçu, aimé.

J’en regarde une sur le fond d’écran de mon ordinateur. Comme ici il fait nuit et que le silence absolu règne dans la maison et au dehors, je pénètre l’écran, je sens le sable soyeux sous mes pieds nus et le léger ronronnement du disque dur ressemble au souffle ténu du vent de la nuit. Avec un peu d’imagination, j’y suis, je me recentre, me ressource et j’y demeurerais bien si, comme Alice, je pouvais passer de l’autre côté du miroir.

Autant je me sens d’Irlande, de ce pays d’eau et de vent, autant je me sens noire à l’intérieur et j’appartiens aussi à cette terre lointaine et aussi torride et sèche que l’Irlande est froide et humide.

Nous voilà donc de retour de cette marche dans le désert que jes ouhaitais partager depuis si longtemps avec mes petits-fils, avide de leur transmettre quelque chose avant de m’en aller.

Un voyage magique dont j’ai un mal fou à me remettre.

Nous avons une chance inouïe de vivre ici dans nos pays si riches, mais quelle terrifiante beauté ce désert à n’en pas finir qui m’a mise devant mes limites, m’a dévoilé ma face cachée et celle des miens dans le pire comme dans le meilleur. Quelle gentillesse que celle de ces gens qui n’ont rien et savent tellement bien rire... d’un rien !

J’ai tiré profit de mes insomnies habituelles pour me laisser imprégner des levers de soleil alors que tout le campement dormait encore, le silence seulement troublé par l’aboiement lointain d’un chacal et par le bruissement de toute une vie frémissante enfouie sous le sable.

J’étouffais des jurons silencieux lancés contre le mince matelas de mousse qui me cassait le dos et je me relevais dans des positionsgrotesques.

Aucune douleur ne subsistait lorsque se révélait la beauté qui s’étalait devant mes yeux sous la pleine lune froide qui ne pouvait arriver à éteindre le ciel étoilé.

Je restais là, silencieuse, figée, à attendre l’instant magique : lalumière rose-orangée du lever du jour qui monte doucement et rend les dunes dorées. Je voyais crépiter le feu des chameliers affairés à nous préparer la galette cuite sous la braise.

Aucune de mes photos ne rendra jamais ni la majesté du Connemara, ni l’étendue aride et pourtant si vivante du désert, ni la magie des étoiles qu’on peut enfin distinguer.

J’aurais eu l’impression de commettre un sacrilège si, à ce moment, j’avais pris l’appareil.

Rien non plus ne pourra exprimer le sentiment qui m’a envahie lors de la rencontre d’un regard de femme de là-bas qui, pour je ne sais quelle raison, a capté le mien, s’y accroche et, par ce regard, nous nous sommes comprises, sans échanger un seul mot, ses mains entre mes mains, juste un moment.

Mes petits-fils, superbes d’intégration dans un milieu si inconnu et si éloigné du leur, le cœur sur la main, ne rechignant pas lorsque la galette du matin se révélait ensablée, ni en dégustant le plat de chèvre un peu trop saignante, mais si succulente et préparée pour nous avec tant de gentillesse.

Pas une plainte, sous le soleil de plomb, pour le manque de confort et les levers aux aurores.

Ils se fondaient dans le paysage, sans frayeur à l’idée de dormir seuls, là-haut sur la dune.

Ni la rencontre d’un scorpion égaré et vite occis, ni la menace du serpent ne les ont troublés. Dans des gestes millénaires gardés en mémoire, comme si j’étais là-bas depuis la nuit des temps, je ferlais la toile de la tente comme on ferle une voile, dans le même vent et le même silence qu’en mer.

Notre guide d’une intelligence émotionnelle rare, les a pris sous son aile bienveillante et tranquille, donnant à chacun sa place d’homme parmi les hommes et sachant les écouter dans leurs silences.

Il m’a dit : « ne t’en fais donc pas, ils sont bien.»

Devant mes inquiétudes et mes questionnements, cette autre phrase : «ce que tu demandes au désert, il te le donne.»

Nous avions un cuisinier au cœur d’or et les chameliers étaient toujours tellement joyeux que je me demandais parfois si ils ne se forçaient pas: mais non, ils allaient, un pas à la fois, heureux et confiants en la bonté d’Allah qui leur envoyaient ces touristes et cet extraordinaire orage qui emplit les oueds après 5 années de sécheresse.

J’aimerais que mes petits-fils considèrent la vie comme la grande dune qu’ils ont gravie : belle, haute, souvent difficile, où l’on s’écroule et on croit que l’on n’y arrivera jamais.

Pourtant, on y arrive, pourtant, ils y sont arrivés.

Il y a plus de courage en nous qu’on ne le croit.

Moi, je ne l’ai pas gravie cette dune de sable si haute, car à ma façon, tout au long de mon existence, je l’ai gravie plus d’une fois !

En les attendant au campement, je me suis octroyé un peu de repos, j’ai eu la joie immense de les regarder accomplir cet effort librement consenti et de les voir, si fiers, à leur retour.

En les attendant, les images défilaient en moi : les grands lacs d’Irlande et les hautes dunes de la Vallée blanche, les bruyères mauves et gorgées d’eau et les puits asséchés, les moutons aux museaux noirs et les chèvres faméliques, les buveurs de Guinness et la sobriété des hommes du désert, les femmes peinant aux champs empierrés et les femmes voilées de noir qui nous vendaient leurs maigres ressources, tous et toutes solidaires dans nos différences.

Mona

lundi 13 août 2012

Ainsi suis-je...

Poème de Mohamed Fall Attalba

Ami ! Arrête-toi… et regarde, du côté de la sebkha de en Nîsh
Si tu aperçois des chameaux (montés)
Arrête-toi… et explore l’horizon : tu as de meilleurs yeux que moi ;
(regarde) Ne vois-tu pas passer les palanquins de Su’da
Ne vois-tu pas des chameaux (montés) ayant quitté à l’aube les dunes d’Al Mawj, se dirigeant vers Azzivâl,
En traversant la passe de Zali ; ils portent des beautés dont la coquetterie et la ruse sont redoutables.
Hâtons-nous maintenant : il faut rejoindre les palanquins avant que la caravane n’ait atteint les difficiles dunes molles
Il dit :  Il n’y a pas, parmi les palanquins de tête, celui de Su’da…
d’ailleurs, s’adonner aux passions, aux péchés, c’est une folie pour un vieillard… ! »
Je répliquai : « les palanquins ont déchaîné, aujourd’hui,
un chagrin indifférent à l’âge, aux cheveux blancs.
Si ta vue ne t’a pas trompé, il nous faut attendre les derniers palanquins
Arrête donc ta chamelle et attends avec moi, ou alors laisse-moi seul et va-t-en, ayant trahi toute amitié.
J’ai, dans ces palanquins, - si tu savais – un chagrin que le temps ne saurait apaiser :
Ma Su’da est dans les palanquins, et Su’da c’est mon mal et le seul remède à ma peine.
… Oh ! mes amis. Comme elle a su se montrer faible, fragile, vulnérable ! C’est pourtant moi qu’elle a tué ainsi, sans se préoccuper de ma perte !
Elle était dans un campement qui nomadisait vers les pâturages d’Alkarb après ceux des dunes, parmi ses compagnes, des beautés (des tribus) de ‘Abnâ’Mûsâ,
al A’Mam et al Akhwâl, (Femmes) aux attaches souples, aux fronts pudiques, belles comme les antilopes du désert
Chastes, adorées… Ah ! les belles parures d’un beau campement…
Celui des Ya’qûba, * les plus nobles des hommes, ceux dont les moments difficiles révèlent la valeur.
Ô Ya’qûba, lancez-vous à la conquête des cimes, soyez toujours prêts à affronter toutes les attaques du sort
Que votre devise soit l’amour de la vérité, la patience et la sobriété, et l’intégrité votre principale richesse.
soyez prompts à soutenir le Bien et à combattre le Mal, vous élevant ainsi aux plus hautes vertus
Ne vous pavanez pas orgueilleusement : ce n’est qu’ainsi qu’on monte vers la gloire. Les sommets les plus inaccessibles ne sont atteints qu’au prix des plus durs efforts.
Bannissez l’avarice, la faiblesse, la bassesse… toutes qualités des gens de peu.
Mes vieilles blessures d’amour se sont rouvertes à la vue d’un campement en déplacement avec ses baldaquins, à ‘Inâl,
Des palanquins dont les silhouettes, en disparaissant au loin, évoquaient les hautes cimes des palmiers de Kenawal.
Ils emportaient mollement leurs belles occupantes à travers Marawra, la petite colline du Tairalâl,
Laissant sur leur droite Timezgîn, dans la matinée, et sur leur gauche Techlâ
Elles passèrent ainsi sans s’arrêter devant atTu’âm, emportées par le pas rapide de leurs beaux chameaux,
Puis d’où les pâturages de Tîras deviennent – mais difficilement – accessibles
… Si tu les voyais (ces beautés) tu comprendrais que le Sage subjugué par leurs charmes ne peut être l’objet de blâme.
Il me souvient d’un temps où les femmes ne dédaignaient pas mes hommages
Je les vois, maintenant, qui se détournent lorsqu’elles remarquent des cheveux blancs sur mes tempes.
Si tu me vois aujourd’hui – Ô ‘Umaîma – fatigué, affaibli, usé,
Il fut pourtant un temps où j’étais dans les grandes épreuves l’Espoir, lorsque les faibles perdaient leur sang-froid ;
Il fut un temps où j’étais, dans les Assemblées, un arbitre lorsque la sobre retenue des sages était rehaussée par les divagations des sots.
Que de fois j’ai fait affronter à de fiers compagnons, le souffle terrifiant du Semoum.
… Ils marchèrent sans arrêt toute la nuit ou presque, puis s’arrêtèrent au pied de petites collines.
Le sommeil semblait les avoir grisés,
Tel un vin frais qui ramollit toutes les articulations
(Ils gisaient) au milieu de leurs montures que la fatigue rendait inertes…
Je veillai pour les garder, et leur servis à satiété du méchoui préparé avec soin
Puis je les ai de nouveau réveillés, après leur avoir permis de réparer leurs forces.
(Ainsi suis-je : lorsque mes compagnons sont épuisés, je les sers sans faiblesse)
Ils se levèrent en sursaut, celui-ci se rhabillant en vitesse, celui-là encore accroupi, un autre debout, encore hébété
Ils se levèrent… et virent poindre un jour au soleil ‘borgne’ impitoyable
Ils se regardèrent en se disant : « où est le salut ? Où aller ? » et leurs cœur se remplit d’épouvante.
Je dis : « N’ayez crainte, je suis à même de vous guider jusqu’à l’eau la plus pure, la plus désaltérante. »
Ils partirent au pas de leurs montures, de belles chamelles de haute taille, rapides comme des autruches.
… Je les menai, avant l’aube (du jour suivant) à un vieux puits si malaisé à trouver qu’il défie les guides les plus éprouvés
Ils se désaltérèrent à volonté et ceux qui étaient tristes retrouvèrent la joie.
C’était l’abondance, après de sévères privations ; c’était la détente ; les uns chantaient et plaisantaient allègrement
D’autres prodiguaient des soins à leurs montures… soignaient celles qui boitaient…
… Le sort est un éternel changement :
Ne t’inquiète donc pas de ces moments difficiles
Ne triomphe pas non plus si, un jour, tous tes vœux de réussite et de bonheur sont comblés :
Combien de ceux à qui la chance sourit étaient, hier encore dans le besoin !
et combien ont tout perdu après avoir tout possédé !


* Ou ‘Idayqub : tribu de lettrés et de grands nomades… à laquelle appartient l’auteur et dont il cite plus haut trois des principales fractions (la tribu se subdivise en fractions puis en familles) : La ‘mâm, La Hwâl et Alvgha Mûsa  


samedi 28 juillet 2012

Le henné, arbre du Paradis

Extraits de "Le henné, art des femmes de Mauritanie", Aline Tauzin, Ibis Presse
   
[...] Le henné est l'un des arbres qui croissent au paradis, c'est ainsi qu'il est considéré dans l'ensemble du monde musulman. En Mauritanie, l'on ajoute qu'il a d'abord poussé à l'intention de la fille du Prophète et qu'elle fut la première femme à faire de sa teinture rouge une parure.

En Mauritanie - pour ce qui est de la seule ethnie maure -, le henné est cultivé dans les palmeraies où il bénéficie de l'ombre des arbres et d'une irrigation quotidienne. Il peut être planté à proximité du puits et recueillir ainsi la moindre goutte d'eau échappée du seau.

La plantation est affaire d'homme et la récolte de femme. Contrairement à ce qui semble se pratiquer ailleurs, on ne sème pas la graine, mais on bouture la plante en disposant une branche en cercle, dans un trou large et peu profond. Les graines de henné ont ici la réputation de pourrir en terre.

Le henné est récolté à tout moment, lorsqu'il est parvenu à maturité. On ne le coupe pas, on l'effeuille en faisant glisser l'index recourbé, et entouré d'un chiffon qui le protège de toute entaille, le long de la branche. Puis on le fait sécher, à l'abri du vent à l'ombre d'une habitation. S'il demeurait sous le soleil, il perdrait toute sa puissance. Des branches de l'arbre, on fait des cure-dents très appréciés, qui donnent une bonne haleine.

La plantation de henné est, en Mauritanie, un espace marqué d'une forte intensité poétique. Tout d'abord, la faculté qu'a la plante de résister à la sécheresse, aussi sévère soit-elle, et de reverdir à la première pluie, prend un sens particulier lorsqu'elle est rapportée au désert environnant. On dit aussi que l'odeur qui s'en dégage, et à laquelle on attribue le qualificatif valorisé de "froid", est très agréable. Enfin, la palmeraie est un espace public, ouvert à tous, dans lequel les rencontres amoureuses peuvent sembler le fait du hasard, et s'y déroulent sans encourir d'opprobre. La récolte du henné en est une occasion priviligiée, dont la poésie se fait souvent l'écho. [...]
 
Petit plan de henné

Récolte du henné


Le henné comme parure
 
[...] Les motifs les plus récents, et les plus élaborés, sont dessinés à l'aide de sparadrap et sont désignés sous le terme générique de el-xatt, "les traits". [...] La technique de réserve utilisée actuellement fait donc grand usage du sparadrap et, en cela, elle semble unique au monde. Elle est née à une époque où cette denrée était encore rare en Mauritanie, et sans que l'on connaisse les circonstances exactes de son apparition. Alors, seuls les hôpitaux possédaient de ces précieuses bobines et ils ne consentaient à s'en défaire qu'avec réticence, malgré les stratégies déployées par les femmes pour s'en procurer !
  
Chaque rouleau est préalablement découpé en fines lanières et c'est sous cette forme qu'on le trouve sur les étals des marchés, à côté des autres ingrédients nécessaires, des parfums et des perles. Puis la lanière est détaillée en minuscules segments, à même la peau, et à l'aide d'unbe lame de rasoir, lors de la séance de pose du henné. Les motifs sont dessinés sans le secours d'aucun support, ni d'aucun guide annexe, et pourtant la symétrie est parfaite, d'une main ou d'un pied à l'autre. Une fois ce travail achevé - qui nécessite plusieures heures -, le henné est étalé, le sparadrap formant réserve, comme le faisaient autrefois les chiffons ou le lait d'euphorbe. [...]
  
Réserve réalisée avec de fines lanières de sparadrap avant la pose du henné

lundi 23 juillet 2012

Un témoignage...


Ce qui surprend le visiteur en visitant L’auberge des Toiles Maures, c’est le calme qui y règne.


 
Eloigné du centre animé d’Atar, l’accueil se fait tout en douceur. D’abord il y a les dunes qui entourent le campement et ensuite un ordonnancement tout à fait original.


 
Au centre une grande pièce ouverte coiffée de la « voile » comme un beau Vélum qui rappelle qu’ici le nomade vit avant tout au gré du vent.
 
On y mange, on s’y détend un verre de thé dans la main droite et un beau livre dans la main gauche.
 
Entourée de 8 tentes nomades, chacune accueille le marcheur fatigué d’une semaine de trek. Tout est confort et propreté ! Pas de « chichi » inutiles, les matelas individuels sont de bonne facture, les draps propres et suprême confort, on peut glisser un oreiller sous la tête ou bien sous les jambes qui n’en demandaient pas tant !


 
Et puis il y a les couleurs des tapis qui masseront doucement vos pieds, car ici il est hors de question de rentrer avec vos « patogases » !
 
Si vous n’aimez pas entendre la voile claquer par grand vent, vous préférerez les « tikits », ces constructions traditionnelles du fleuve avec une base en pierres naturelles, gage de grande fraîcheur la journée, coiffées d’un toit de paille tressée en feuilles de palmier dattier que l’on changera après chaque saison !
 
Chacune des cases a sa propre terrasse individuelle où vous contemplerez le va et vient de vos hôtes toujours attentifs à votre confort.


 
Les sanitaires sont à l’image de l’ensemble. L’eau abondante dont vous avez besoin et la propreté qui fait la caractéristique d’un bon établissement recommandé par divers guides de voyage.



 
Le soir, les lumières alimentées par les panneaux solaires s’allumeront l’une après l’autre. Les hommes s’emploieront à arroser la végétation en puisant dans le puit grâce à l’antique mat à balancier« Echeyllal » signe que la tradition est une œuvre qui traverse les temps !
 
Vous l’aurez deviné L’auberge des Toiles Maures est une escale excellente pour ceux qui veulent vivre au rythme doux et amical de la Mauritanie !
 
Téje Mechri




mardi 10 juillet 2012

Quelques grains de sable chaud au creux de nos mains...


A ceux qui, pour moi, ont cuit le pain, chauffé l'eau, cherché le chemin, chanté, rit, pleuré parfois lorsque la chaleur du feu de bois déliait les souffrances enfouies et que les flammes caressaient des perles de cristal au fond de leurs yeux sombres
 
A ceux qui ont pris ma main, m'ont dit "viens, c'est par là", à tous ceux qui m'ont ouvert les portes de leurs maisons, leurs tentes, leurs huttes ...; à tous ceux qui ont allumé les étoiles pour éclairer mon chemin
  
A ceux qui savent pourquoi, certains soirs, je vais seule sur la dune
  
A ceux qui soignent leurs blessures d’une poignée de sable chaud
  
A ceux qui oublient leur fardeau pour porter le mien
  
A ceux qui m’ont appris le respect la tolérance la modestie
  
Le silence et la poésie
  
Merci


Alika Nakash

mercredi 4 juillet 2012

La pharmacie Mauritanienne

Trois humeurs qui régissent la vie de l’organisme humain sont prises en considération : la jaune, la rouge et la noire. Les éléments constitutifs de chacune de ces catégories sont, dans l’alimentation humaine, représentés par : le beurre et tout ce qui est gras pour l’humeur jaune ; toutes les viandes et même le poisson (d’ailleurs appelé " viande de poisson ") pour l’humeur rouge ; les piments, la fumée, le thé pour l’humeur noire. Un être bien portant consomme tout cela et l’expression de sa bonne santé se traduit littéralement par : " toutes les humeurs sont égales "
 
Les légumes, de consommation trop récente, sont considérés comme hors catégorie traditionnelle. Ils sont neutres. Pour les fruits, on distingue un fruit acide, citron par exemple, d’humeur noire, d’un fruit doux, sucré, la datte, d’humeur jaune.
 
Une surconsommation d’humeur jaune, de graisse de bosse de chameau ou de beurre de chèvre, si délicatement blanc et parfumé, amène une " jaunite " (présence de cholestérol). La personne atteinte de cette affection présente le blanc des yeux devenu jaune. On lui conseille d’absorber beaucoup de viandes rouges cuites à la braise pour équilibrer les humeurs. Si l’on constate un abus de tabac ou d’épices, par exemple, une " noirite ", on conseille alors le beurre et, dans les deux cas, " jaunite " et " noirite ", il faut consommer beaucoup de viandes rouges saignantes.
 
Pour ce peuple de pasteurs, un aliment est considéré comme le remède universel, la panacée, il s’agit du lait " qui guérit tout ". Lait de chamelle délicatement salé lorsque le chamelon est âgé de quelques mois, alors qu’il était si doux, presque sucré à la naissance, lait de chèvre parfumé, lait de vache servi directement après la traite, dans la tadit, sorte de calebasse préalablement chauffée avec des braises.
 
A côté d’une véritable pathologie spécifique à la Mauritanie, existe ce qui pourrait sembler... une coquetterie et qui finit par présenter toutes les facettes d’une véritable maladie. C’est timchi, littéralement " l’envie de, le manque de ". Il s’agit là d’un besoin impérieux éprouvé par une personne à l’égard d’un aliment précis, souvent le lait ou la viande d’un animal qui ne se trouve pas dans la zone, tant est forte sur ce peuple la symbolique de cet animal, image d’une vie dirigée de puits en puits, de pâturages en pâturages.
 
A une certaine époque de l’année, les gens sont en " manque de " lait de chamelle ; des boutons apparaissent sur leur peau, sur les muqueuses buccales, ils contractent angine sur angine. On retrouve cette pathologie sur des Mauritaniens expatriés et - en apparence - bien insérés dans leur lieu de vie ; elle semble même amplifiée par l’impossibilité absolue de se procurer ce lait si ardemment convoité. Les choses peuvent d’ailleurs rentrer dans l’ordre après l’absorption d’un seul bol de lait de chamelle.
 
Pendant le temps de l’hivernage, ce lait peut manquer. Les troupeaux sont descendus vers les pâturages situés sur les bords du fleuve Sénégal ; on se sert alors, pour pallier ce manque, de crottins de chameau laissés à macérer dans l’eau, que l’on boit après filtrage. On conserve d’ailleurs toujours dans les bagages lesdits crottins en cas de besoin. A défaut de cela, on peut prendre une lanière en cuir de chamelle et la mâcher longuement, ou bien mieux du tichtar (viande de chameau séchée à l’ombre). Si le manque de lait de vache se précise, on procède de la même manière. Il serait intéressant de comparer les analyses du lait et des bouses pour voir ce qui, indispensable à l’organisme, est commun aux deux produits.

Maux de ventre
Colique (toukhma) et diarrhée (elleyé) sont soignées en buvant du lait froid dans lequel ont infusé des feuilles de jujubier. On peut aussi consommer seules les feuilles de jujubier, c’est très amer mais radical.

Brûlures gastriques
(belgham et mahwar)
On associe cette pathologie, dont souffrent en particulier les femmes, à un excès de consommation de graisse. On corrige cette erreur alimentaire par des éléments acides ou rafraîchissants : une viande légèrement cuite à l’eau dont on boit le sang après l’avoir extrait par pressage, des dattes très sucrées, au goût prononcé, trempées dans l’eau avec de la gomme arabique pour obtenir alors un liquide un peu épais, de la poudre de " pain de singe ", fruit du baobab, également dilué dans l’eau.

Insolation
Dans ce pays où la température peut dépasser 50°, l’insolation frappe, accompagnée de fièvre. On applique alors de la pâte de henné sur les pieds et sur la tête ; ce procédé fait baisser la température et conserve la fraîcheur un long moment.
 
Angines, rhumes, sinusites
On nomme les manifestations de ces affections " le petit froid ". On les combat en buvant le lait chaud, inhalant du lait assaisonné de poivre et de piments, un linge sur la tête pour ne rien perdre des vapeurs dégagées par la préparation, en s’allongeant ensuite sous une couverture pour transpirer.
 
Rhumatismes
Deux sortes de rhumatismes font souffrir. Ceux dus au froid, ceux dus à la chaleur. On traite alors le mal par son contraire. Si l’hiver vous avez marché dans le froid, vous devez exposer le membre souffrant à la chaleur d’un feu, l’enfouir dans du sable très chaud, l’enduire de pâte de henné.
Si vous avez souffert à cause de la chaleur, il faut au contraire enfouir le membre souffrant dans du sable humide, mais également l’enduire de henné et dans ce cas, il gardera la fraîcheur.
 
Hypertension
Il faut dans ce cas suivre un régime excluant les graisses et pratiquer une saignée au cou et dans le dos.
 
Déchirure musculaire
Les signes apparents sont inexistants, mais la douleur est vive : le muscle est endommagé. Faire un pansement comprimant, pratiquer des massages, poser des ventouses (hijama). On se sert d’un verre à thé où l’on glisse rapidement une allumette enflammée et on applique sur le muscle souffrant en encerclant la déchirure avec plusieurs verres.
 
Un insecte dans l'oreille
Si un moucheron ou une fourmi est entré dans l’oreille, il faut prendre un peu d’huile, la chauffer légèrement, l’introduire dans le conduit auditif et la garder quelques minutes. L’insecte sort. Cette médication est également valable pour les otites.
 
Constipation
On cueille la plante de séné, le velegit, remarquablement efficace ; après avoir fait macérer les feuilles quelques heures dans l’eau, on obtient ainsi une boisson à filtrer. L’effet " ravageur " est presque immédiat. Pour l’arrêter, on absorbe une bouillie de mil en mangeant de la viande grillée.
 
Toux
La gomme arabique assouplit les voix respiratoires, c’est un excellent calmant.
 
Crise de folie violente
De préférence la nuit, à l’abri des regards, on a ligoté le malade. Le marabout le frappe soit avec un rameau, soit avec une lanière de cuir préalablement trempée dans de " l’eau de Coran " tout en récitant ses propres incantations. Dans la nuit sombre, le marabout s’en revient épuisé, car c’est en fait contre les djinns qu’il vient de mener un combat.
 
Diabète
On se sert, pour faire baisser le taux de sucre dans le sang, d’un animal semblable à un très gros lézard, le dhab. Commun, on le rencontre se faufilant entre les blocs de pierres sur le reg, mais il faut s’en emparer ! Lorsqu’on parvient à l’extraire de la roche sous laquelle il s’est réfugié, on l’égorge. Sa chair grillée ou séchée avant d’être pilée est à consommer par pincée.
 
Nouveaux-nés affaiblis
On utilise également la chair de ce petit margouillat en la faisant cette fois bouillir dans l’eau qu’on fait absorber au nourrisson ; elle est à la fois purgative et fortifiante.
 
Une épine
Extraire une épine, parfois fichée profondément, est réalisable avec le fruit de cet arbre bénéfique qu’est Balanites egyptiana. Son fruit ressemble quelque peu à une datte. Il est composé d’une écorce, d’une pulpe et d’un noyau garni d’une amande ; cette dernière, de consistance légèrement huileuse, doit être pilée et humidifiée. On applique ce cataplasme sur l’épine qu’il fait peu à peu remonter à la surface en trois ou quatre jours seulement.
 
Brûlures
Pour soulager la brûlure, on fait griller la pulpe du fruit de Balanites egyptiana et on la réduit en poudre. Mélangée à un peu d’huile pour faciliter l’adhérence, il faut enduire de cette pâte la partie brûlée, sans la recouvrir. On peut aussi confectionner un emplâtre avec des feuilles de thé ou avec du tanin en poudre (dont on se sert aussi pour tanner les peaux). L’effet de brûlures est alors amplifié pendant quelques secondes, puis une sorte d’anesthésie s’installe.
 
Furoncle
L’usage de la gomme arabique est systématique en médecine traditionnelle, et on la retrouve dans ce cas pour faciliter la maturation.